la chasse au panettone est ouverte!
Tous les ans, comme chaque année, débute à peu près à cette période la grande chasse au panettone... dans les trams, aux arrets des bus, au comptoir des cafés et sur les forums gourmets, est alimentée la grande polémique existentielle: où faut-il commander ses panettones de Noel...

production semi-artisanale de panettones à Milan, années 30
(archives photographiques civiques de Milan)
Le panettone, vous connaissez sans doute, on en trouve un peu partout meme en France maintenant, c'est cette sorte de délicieuse brioche bien dense farcie de raisins secs et de fruits confits, que l'on s'offre en période de Noel et que les italiens voyageurs transportent par piles entières sur des chariots dans les gares d'Europe...
Si en France les noms des gateaux viennent souvent d'une erreur de la soubrette (cette cruche de Madeleine et son gateau éponyme par exemple), ici c'est souvent un dérivé du patois qui est mis en cause... le panettone serait en réalité "el pane de Toni", le pain d'Antonio, le Toni en question ayant eu l'idée de farcir un bout de pâte d'une recette ratée (encore) de quelques fruits confits et de le faire cuire, pour le plus grand bonheur de tous (mais si)...
Mais attention, tandis que tout un chacun se fournit aux étals des supermarchés des specimen Bauli, la caste gastronomo-sympathisante milanaise ne saurait se contenter de telles pratiques...(toujours cette histoire de qui est in qui est out)... c'est pourquoi, de novembre à janvier, c'est la guerre des pâtissiers...

photo: Gattulo
Il fut un temps où il était de bon ton de commander chez Cucchi (corso genova 1)... jusqu'à ce qu'une infâme rumeur ne circule: les panettones vendus là seraient en réalité des produits sous-traités façonnés en réalité par Le Tre Marie... oh l'infâmie! (on ne sait pas si c'est vrai, "c'est une fausse rumeur, mais si belle après tout" comme le dirait Yves Duteil (Vade Retro Chérie FM!) et qui relance en tout cas les polémiques panettonesque à la grande joie de tous les milanais!)
Il y a les adeptes de Marchesi (via santa maria alla porta 11/a), les défenseurs de Bastianello (Via Borgogna, 5), les détracteurs de Ranieri (via moscova 7)... et ceux qui font fi de ces imitateurs et ne jurent que par la Pasticceria Cova (via montenapoleone 8) ou encore Sant Ambroeus (C.so Matteotti, 7). Et puis il y a le très controversé Gattullo (Piazzale di Porta Lodovica 2) dont on dit à regret que le panettone n'est plus ce qu'il était...
Certains jouent les outsiders en tentant de dénicher la perle en dehors des adresses convenues, on parle de la Pastricceria San Gregorio (via S. Gregorio 1), de la Pasticerria Migliavacca loin du centre (Via
Ajaccio, 13), certains vont même jusqu'en province milanaise en quête d'une proie de choix, à Cologno Monzese chez Achille
Zoia, dont le "panettone paradiso" fut couronné en 2002 meilleur d'Italie...
Le mieux, pour départager tout ce beau monde, qui rivalise pour l'occasion de papiers colorés et de rubans chatoyants, (le panettone étant le seul gateau je crois qui bénéficie du privilège d'un emballage cadeau...) serait de tous les gouter... Le problème? chaque panettone pèse environ 1kg, les plus ambitieux le faisant de 2kg, et les plus mesquins de 500g... et c'est, je crois, là que réside tout le secret de cette course au panettone... la comparaison ne pouvant s'effectuer que d'une année sur l'autre, il est quasiment impossible de définir si untel, dégusté l'année dernière, a une texture plus savoureuse que celui d'il y a deux ans, lui-même plus goutu que celui d'il y a 5 ans commandé plus loin...
En bref, les critères de choix tiennent plutot de la tradition familiale, ou plus simplement d'un point de vue affectif (je voue pour ma part une indeffectible fidélité au panettone de la signora Giovanna Fugazza), mais sont l'occasion de jolies empoignes et de disours passionnés qui font gloire à la tradition milanaise.
Le must selon moi reste de tenter la prouesse du panettone maison... j'ai bien tenté de soutirer quelques informations, mais on m'a dit sur un ton chuchotant qu'il était impossible de le faire chez soi... j'ai essayé de dégotter dans quelque boutique spécialisée le fameux papier à panettone marron et doré qui sert à sa cuisson, mais impossible, on me répond qu'il n'y en a plus... c'est quoi cette loi du silence panettonesque à la noix? un secret milanais?
Heureusement qu'il y a eu Massimo, charmant vendeur de casserolles et de pelles à tartes, pour accepter de me livrer, même à mots couverts, quelques secrets de fabrication... (il paraitrait que les panettones, une fois cuits, sont enfilés sur des tiges metalliques et suspendus à l'envers afin que ne puisse retomber ce joli bombé qui fait tout leur effet... prodigieux!) Vous l'aurez compris, ma mission pour cet hiver est: m'incruster, non sans péril, dans les cuisines d'une pâtisserie pour assister à la fabrication de la fabuleuse brioche, et vous raconter ma chasse au panettone milanais, le vrai!
qui est in qui est out...
après la radio, les journaux! Voici un article du 15 octobre qui m'a beaucoup amusée, trouvé sur le site du New-York Times, intitulé You know you're a Milan insider when... (tu sais qu'à Milan t'es pas de la lose quand...)...
Selon l'article, ce n'est pas si compliqué d'etre in par chez nous...
-il suffit d'"avoir son couvert à Controvapore", resto chic dissimulé derrière une porte vénitienne de 1600, et de s'installer à l'une des 25 places tant convoitées entre les murs pourpre pour déguster un "riso nero" à 18 euros par exemple... (le prix moyen annoncé à la carte est de 80 euros par personne, mais à mon avis le prix du vin (de 30,00 à 3,000 € la bouteille) n'y est pas pour rien...)
=pour ce qui est d'entrer je ne sais, mais pour ce qui est de manger du riz noir je m'en sens tout à fait capable...
-il faut aussi etre invité "aux rendez-vous privés du dimanche chez Rossana Orlandi"...
=si elle ne m'a jamais invitée personnellement, elle m'a déjà fait l'honneur de la visite de sa gallerie (et meme elle n'est pas si snob qu'on le prétend) (ouais ouais, j'en suis)
-il faut aussi se faire faire un vélo sur-mesure chez Cicli&Co... alors là vous me ne me ferez pas croire que des milanais investiraient dans un vélo, alors que tout un chacun sait ici que le luxe de propriété d'un vélo clinquant ne tient que le temps d'aller chercher le journal! L'idée ici, c'est d'avoir un beau vélo, mais vieux et rouillé pour tromper la cupidité des voleurs (pensez Umberto Dei ou Bianchi vintage)
-il faut aussi boire des coups chez Zucca debout.... amusant de voir que ce qui fait la norme un peu partout (boire un verre debout au bar) devient un snobisme d'initiés dans une ville où le bar est toujours encombré de l'aperitivo et où les buveurs sont souvent vautrés dans des canapés en velours léopard effet lounge... (I'm in I'm in!)
photos Zucca
-emprunter un enfant pour pouvoir entrer dans les jardins de la Villa Reale (interdits aux sans-enfants)... amusant non? emmener les siens serait sans doute out au possible, trop connoté sortie du dimanche en famille, mais appeler un ami et lui dire "tu me prètes ton fils pour une heure, j'ai tellement envie d'aller au parc" vous fait immédiatement entrer dans le club de la win... allez comprendre... (et sachez que j'y suis déjà allée sans devoir pour cela rapter un quelconque bambin...)
-etre invité par Carlo Cracco (cuisinier), Fabio Novembre (designer), Matteo Marzotto (qui?) ou autre à faire partie du groupe Siamo Milano, qui revendique son amour de Milan... (euh, sachant que j'ai affligé l'ami Fabio il y a quelques années de celà en me composant une tete horrifiée devant l'une de ses créations au salon du meuble, et que l'une de mes meilleures copines a rit au nez du chef de chez Cracco lors du Taste of milano le mois dernier, suis pas sure qu'ils m'inviteraient...) il me reste donc à faire ami-ami avec une quelconque personnalité de la liste officielle... mais pour ce qui est d'aimer Milan, j'en suis aussi!
-"Ne meme pas se donner la peine de commander son petit déjeuner, le barman du quartier sait"
=ici ce point là marche pour tout le monde, pour peu que vous soyez un tant soi peu fidèle... (et la fierté du barman quand je suis passée du caffè americano (le plus long disponible ici) au caffè lungo, pour finalement m'habituer à le boire court, façon dé à coudre, comme tout le monde)
-"il s'avère que votre tailleur travaille chez Versace"...
=s'il est vrai qu'ici beaucoup ont recours aux service d'un tailleur (ce qui n'est pas si cher, les tailleurs étant légion), pour ce qui est de Versace... on parle de qui là, de la boite dont la directrice de création est effrayante tant elle est déformée par la chirurgie esthétique? (et dire que ces gens-là sont sensés nous faire réver...)
-"on ne vous refuse jamais une table dans le jardin de l'hotel Bulgari"... mouais... des buis miteux, des pelouses rases et des coussins marrons... à choisir je préfère nettement la terrasse du bar du Corso como 10...
-il faut aussi, caution intellectuelle oblige, "aller voir des films au Anteo Spazio Cinema", l'un des rares à diffuser des films en VO... mouais... je me contente pour ma part de la cinémathèque et du cinéma Gnomo, mais je n'ai jamais testé... ceci dit si les gens qui y vont sont les memes que ceux concernés par les précédents points, je préfère fuir ce genre d'endroit!
-"Giorgio Armani lui-meme vient vous saluer à votre table au Nobu" (son restaurant japonais à Milan)
=tu crois qu'il passe sa vie dans son restaurant? alors qu'il a une maison de fou sur l'ile de Pantelleria? remarque, quand j'y pense, je l'ai aperçu plusieurs fois via Manzoni, aux alentours du restaurant... tu crois qu'il passe sa vie dans son restaurant à venir saluer des gens pour les faire se sentir in? finalement, le temps de l'étiquette à la française n'est pas révolu, les riches et puissants s'emmerdent toujours à la Cour, à flatter les uns, disgracier les autres...)
-"vous avez un compte chez Peck"
=pour votre gouverne, Peck est une épicerie vaguement chic avec des trancheuses à prosciutto en vitrine, vendant des fromages dingues, des macarons et du porc à 50 euro le kilo (entre autres)... leur panettone est parait-il fameux, et les seuls snobs que je connaisse gardent religieusement, exposés dans leur cuisine, des paquets de pates estampillés chérement acquis dans cet antre de la gastronomie, attendant la date ultime de péremption pour les oser gouter...
-"vous avez appris à vous garer sur le trottoir"
=bravo! cela dit je crois que ça se fait moins qu'avant... ou alors je me suis habituée et je n'y fais plus attention...
-"vous n'etes jamais en ville les week-end, jours fériés ou au mois d'aout"... c'est donc pour ça que depuis la crise, certains milanais se cachent chez eux, volets fermés, au mois d'aout... la peur d'etre out! plus sérieusement, les gens ici vivent dans la peur de n'avoir rien fait de leur week-end, et c'est la mine anxieuse, les jours précédents Paques, qu'on vous demande ce que vous avez de prévu... (des fois que vous ayez trouvé plus in qu'eux!)
-"sauf cas d'urgence, vous ne vous envolez jamais, jamais, de Malpensa"... là il me faudra demander quelques explications... peut-etre parce que la majeure partie des vols low cost part de cet aéroport et que les insiders ne voyagent pas avec les pauvres... ou parce que l'aéroport de Linate est beaucoup plus proche de Milan...allez savoir...
-"Le détecteur de métal s'éteind à Linate et les vigiles vous font signe de passer quand meme"... ?? genre vous etes au dessus de tout soupçon? ça veut dire quoi au juste? ça aurait tant d'importance que ça? quelqu'un peut m'éclairer (sachant que moi je prends le train...)
-"Vous pouvez, d'un seul regard, dire si la croute de la pizza, la mousse du cappuccino ou les billes de mozzarella sont bof"... genre avec des yeux lasers comme superman? les lunettes du professeur Apfelgluck? je crois surtout que l'enseigne d'où viennent les produits conditionne l'opinion du gouteur...
-"Vous ne commandez pas de poisson le lundi"... pour snober les catholiques pratiquants qui font ça le vendredi? ou alors, plus probablement, parce que le mercato ittico, marché poissonnier des professionnels, étant fermé les dimanches et lundi, la fraicheur du poisson commandé le lundi ne sera pas optimale...
-"Vous négociez des réductions dans n'importe quel magasin"... exactement le type d'attitude qui m'insupporte... l'attitude du riche au souk qui prétend négocier... et le bonheur de savoir que dans certaines enseignes, on pense comme moi, et qu'on rabroue sans ménagement le snobinard ayant tenté le coup...
-"Vous connaissez les mots magiques à glisser au portier du Plastic ‘‘Stefano
Gabbana’’... " Ah ah ah, mais laissez-moi rire! la dernière fois que j'ai mis les pieds au Plastic (boite milanaise select où filles paillettées et gay se trémoussent en rythme), après une soirée dansante mémorable et un formidable final de foule chantant Creep en coeur les bras levés (comme ça ça n'a l'air de rien, mais après 4 ou 6 vodkas ça fait son effet), notre enthousiasme pour le lieu est vite retombé... Le Mec et Le Colloc italien s'étant fait piquer leurs manteaux au vestiaire... Alors moi, les gens qui viennent se pavaner et payent des cocktails à 10 euros en billets de 500 pour finalement te faucher ton duffle-coat Muji, je trouve ça juste minable...
Score final: à peu près 5/20... donc on peut dire que je suis officiellement out...
(ça me fait penser, je ne sais pas si certains d'entre vous connaissent le Pop In à Paris (ni meme si ça existe encore... vérification faite, si). Je me suis toujours demandé s'il existait quelque part un Pop out où pouvaient se rendre les gens refoulés à l'entrée...)
des trams et des gens...
Ce week-end, l'ATM (agence des transports de Milan) ouvrait les portes de ses dépots aux milanais... l'occasion de voir de près de nombreux modèles de trams, bus et filobus, tant anciens que futurs... (et aussi de s'abrutir au milieu d'enfants criards et indisciplinés faisant tinter toutes les cloches des trams en meme temps, accessoirement...)
En réalité, je m'intéressais plus pour ma part aux dépots-eux memes, d'ordinaire fermés au public, plutot qu'aux véhicules, puisqu'on peut voir ceux-ci circuler tous les jours (incroyable l'interet que peut subitement prendre un objet du quotidien pour les gens dès lors qu'on l'installe sur une plate-forme en disant "regardez!"...)
Et bien les dépots ont été à la hauteur... des espaces immenses aux plafonds hauts et au sol entrecroisé de rails, des ateliers de réparation aux établis plein de pièces de moteurs au dépot Molise, la station de lavage au dépot Messina (comme chez l'éléphant bleu, mais en plus grand), des trams alignés et prets à partir et une madone qui veille sur eux à l'entrée du dépot Teodosio...
Une vraie journée dédiée aux transports, vu qu'entre chaque dépot on sillonne la ville en radiobus ATM, qu'on se fait marcher sur les pieds comme dans le tram et qu'on se retrouve, à la fermeture des dépots à 18h, abandonnés à l'autre bout de la ville, obligés de prendre un métro...
des fripes et des chapeaux mous...
Journée quasi parfaite aujourd'hui, lever tardif après une nuit à lire, petit-déj aux biscuits digestive maison, du soleil dehors et une virée en bus pour aller voir le démontage de l'expo Boltanski personnes à Milan...
l'occasion de découvrir le Hangar Bicocca réouvert récemment et la sublime installation permanente d'Anselm Kiefer...

I Sette Palazzi Celesti Anselm Kiefer
l'occasion aussi de participer avec enthousiasme à la dispersion de l'oeuvre de Boltanski... l'exposition, la même que celle présentée au Grand Palais début 2010, consiste en une accumulation, en un gigantesque tas, de vétements multicolores, amenant une reflexion sur passé et présent, mémoire et oubli, existence individuelle et collective... genre Zara à la fin d'une journée de soldes... mais version fripes... du coup, la dispersion de l'oeuvre devait passer par un prolongement de l'existence et du sens des vétements au-delà de l'exposition...
traduction: prenez un sac estampillé "dispersione dell'opera "PERSONNES" di Christian Boltanski", remplissez-le de vétements et emmenez-le chez vous, pour leur donner une seconde vie et emporter avec vous un peu de l'oeuvre... super concept donc, entre escalade du tas géant, rigolades avec des inconnus devant certaines incongruités vestimentaires, regards dubitatifs du mec devant une robe à fleurs ou un tablier rayé, essayages en tous genres... les gens timides au début finissent par se passionner pour une veste à épaulettes, une marinière ou une chemise à pois... après une bonne fouille, chacun repart content, son sac à bout de bras avec une drole de lessive et une bonne douche en perspective... j'ai trouvé quelques perles, comme ce super caban bleu, ce gilet rayé très chic ou encore cette veste façon Bowie (note aux copains: des soirées déguisées sont en perspective)... je vous montre tout ça plus tard...
et ce soir, à 19h, séance ciné pour "à bout de souffle" à la cinématèque (puisque je vous dit qu'un jour j'aurai une culture ciné digne de ce nom), avec Jean Seberg (la femme de) et Jean-Paul Belmondo... me revoilà avec mes interrogations cheveux courts/cheveux longs, mais avec un chapeau mou dans tous les cas!
une femme à lunettes et un homme sans chaussettes...
Que d'événements passionants cette semaine... la semaine de la mode à Milan déjà, ce qui veut dire des nanas de 2 mètres de haut à tous les coins de rue, et une quantité non négligeable de gens avec d'improbables et démentes chaussures... A ce bazar ambiant et perché se mèlent les journées du patrimoine, et les inévitables polémiques liées aux installations hier de l'artiste italien Maurizio Cattelan...
Pour féter tout ça je suis allée voir "the september issue" au ciné jeudi soir, avant-première qu'ils disaient (mais euh, c'est moi ou ce film est sorti il y a 1 an dans le monde? pas encore en Italie sans doute... bizarre...)... et puis hier soir, inauguration en grande pompe et sous moult parapluies du "doigt" de Cattelan, doigt d'honneur géant placé par l'artiste sur la place de la Bourse de Milan... après un nombre incalculable de tergiversations censuré/pas censuré/le mettront/le mettront pas qui n'ont fait qu'accentuer la pub faite à l'événement...
Il dito, Maurizio Cattelan, Piazza degli Affari
Une heure et un spritz plus tard, seconde inauguration, toujours en grande pompe, de l'expo dédié à l'artiste au Palazzo Reale, juste à coté du défilé en plein air de piazza Duomo sous la pluie battante... avec une foule attendant sous la pluie de pouvoir rentrer voir les oeuvres... les hasards de la vie me faisant connaitre un ami de Cattelan, nous voilà passant devant tout le monde sous les regards mauvais des gens patientant et du personnel du Musée... s'ensuit une montée quatre à quatre des escaliers et une arrivée groupée dans la merveilleuse salle des Cariatidi, revétue pour l'occasion d'une immense moquette rouge et d'un parterre de gens agglutinés... devant la statue de cire du pape frappé par un météorite, oeuvre bien connue (et encore une fois polémique, son fond de commerce) de l'artiste.
salle des Cariatidi, Palazzo Reale
Jean-Paul
c'est passionant les inaugurations, j'vous dis pas...
moi ce que j'ai préféré, ce sont les plafonds
Après des Oh! et des Ah!, nous voilà repartis sur les traces de Maurizio, l'homme sans chaussettes au visage de cire (ce type doit passer sa vie chez l'esthéticienne, c'est pas possible autrement) qui veut nous entrainer au Bar Basso, l'un des bars hype de Milan, pour boire des Negroni sbagliati toute la nuit... mais on ne doit pas etre assez jet-set, on a préféré rentrer dormir... (et puis on risquerait de prendre gout aux coktails chers et aux taxi... du coup on a opté pour l'option attente du tramway sous la pluie, tellement plus "peuple"...)
Et puis aujourd'hui, c'était les journées du patrimoine... ce qui ici ne veut pas dire grand chose... avec peu de musées publics, et des expos annoncées gratuites sur le programme qui ne le sont finalement pas (un classique milanais m'a-t-on dit...), mais qu'on va voir quand même parce qu'on a traversé la ville exprès... celle de Gabriele Basilico "Istanbul" au Palazzo delle Stelline (photographe dont j'ai déjà parlé ici) qui était vraiment chouette (et pas loin du bar De Santis repéré il y a un moment déjà et dont on n'avait encore jamais testé les panini) (le "delicato" au fromage de chèvre frais au vin et aux champignons est merveilleux) (corso magenta 9) (par contre si quelqu'un a une combine pour mettre en panne un haut-parleur diffusant du Laura Pausini à plein volume, je prends...)
Gabriele Basilico, Istanbul
Voili voilou, pour aujourd'hui c'est tout!
à toute berzingue...
Je ne sais pas vous, mais moi, j'adore le monde des transports...
(à part l'avion parce que j'ai peur, par contre je ne suis pas contre les voyages à l'hellium, c'est vous dire si je ne suis pas une mauviette)
J'adore le train par exemple (même si ce n'est plus franchement économique)(et que les gens dedans on dirait tout le temps que c'est la première fois qu'ils voyagent tellement ils sont pénibles)(et que les gens au guichet sont pas toujours compétents)... quand même, j'aime bien... ça va avec l'idée du voyage, le paysage qui défile, le sandwich dans le papier d'alu, la valise trop lourde à hisser, l'odeur de cigarettes qui flotte entre les compartiments... la mine patibulaire des douaniers, les petits vieux qui voyagent avec une bouteille de jus de fruit en réalité remplie de vin (vécu), les journaux en allemand qui trainent dans le Paris-Munich... et puis la nuit, les couchettes toutes petites, le lavabo de poche et son miroir taché de dentifrice le matin, le croissant qu'on vous amène quand vous voyagez en première classe, et les micro-ampoules qui n'éclairent rien auxquelles on s'agglutine pour lire...
Le bus aussi j'aime bien... les bus régionaux, comme ceux que je prenais matin et soir pour 3/4 d'heure quand j'allais à l'université, et dans lequel moult livres ont été dévorés... celui de nuit le samedi soir, qui ramenait les fétards un peu vaseux et obligeait le chauffeur à secouer quelques endormis au terminus... et puis les bus de voyage, l'improbable Eurolines Metz-Milan nocturne à un prix défiant toute concurrence, les arrêts aux stations-service suisses, les distributeurs de café en panne, le voisin qui ronfle, celui qui a décidé de manger de la paëlla en pleine nuit (vécu aussi), celui qui est malade, et puis les passagers endormis et le bus qui file sur les routes suisses enneigées... et aussi ce chauffeur qui se fait arréter pour avoir fait du 140 dans un tunnel limité à 70, les passagers qui le défendent parce qu'"on avait du retard" et ma décision d'arréter ce mode de transport plus qu'aléatoire...
Le tramway aussi c'est chouette, du moins celui de Milan... (le vieux en bois, pas le nouveau en plastique vert qui sent mauvais) (même qu'un jour je suis tombée dans les pommes dedans) (et bien qu'on m'ait trouvé 9 de tension aux urgences, on ne m'otera pas de l'idée que c'est l'odeur du tram vert qui m'a fait me sentir mal...) Ah, les bancs en bois, les plafonniers comme chez mémé, les poignées en cuir pour se retenir en cas de chute, les brusques coups de frein et les étincelles aux carrefours, le chauffeur qui doit descendre de temps en temps pour aiguiller son tram sinon ça coince, et puis la cloche qui fait office de klaxon... Et puis les mystérieux dépots dont l'entrée est interdite (même si j'en ai déjà vu un ouvert, un soir tard en rentrant d'une fête, j'y ai même fait une photo(floue) mais je ne sais plus où c'était...), et qui seront ouverts au public exceptionnellement les 2 et 3 octobre (youpi youpi)...
Mais le métro...euh...comment dire... bof... celui de Milan est particuliérement triste, avec des plafonds bas même pas voutés et des couleurs marronasses... du coup je ne le prends presque jamais (sauf quand le Mec est fatigué et au bord de l'inanition pour n'avoir pas mangé depuis au moins deux heures) (et vu qu'en plus il est pas rapide, et a des fréquences aléatoires (le métro, pas le Mec!), ça va souvent plus vite à pieds...)
Mais avant-hier, en faisant une recherche sur les fameuses portes-ouvertes citées plus haut, je suis tombée sur le jeu "conduire le métro"... l'idée? conduire un véhicule de la ligne 3 de Maciachini à San Donato en respectant horaires et limitations de vitesse... l'ennemi? le stress des milanais, prompt à s'élever en flèche au moindre retard, au moindre coup de frein intempestif... pas si simple...
développé par un certain
Alberto Zanot, le
jeu à présent disponible sur le site
même d'ATM (l'Agence des transports Milanais)... amusant non?
Résumé des règles de conduite en français:
-en bas de l'écran, le parcours, avec en gris les zones sujettes à des limitations de vitesse particulières.
-en haut, la station de métro suivante, qui passe de rouge à verte quand le point d'arret est atteint.
-à droite, la manette de commande, qui vers le haut commande l'acceleration, vers le bas le freinage.
-et puis deux boutons à droite: celui de gauche ouvre et ferme les portes, celui de droite actionne la sirène qui précède les mouvements de porte.
-et puis divers indicateurs, donnant le nombre de passagers, le retard, le temps avant de parvenir à la station suivante, les limitations de vitesse et le stress des passagers...
et pour les enfants (bon, pour vous en réalité, mais approchez les enfants comme alibi si vous en avez sous la main), un jeu plus basique, où vous devenez chauffeur de tramway milanais, aux manettes d'une Carrelli 1500 Special, devant éviter sur son parcours pierres, statues, panneaux de signalisation et sacs de sable, tout en esquivant les attaques de hiboux ,et même de soucoupes volantes (!), venues du ciel... (je précise que les trams milanais ne sont à ma connaissance en réalité pas équipés d'armes de dissuasion de ce type)
-touche A pour viser en haut, Z pour viser en bas
-flèches vers le haut ou le bas pour orienter le tir
-touche P pour faire pause
des carreaux verts et de la bonne pizza...
Une fois n'est pas coutume, je vous livre ici une bonne adresse milanaise sans prétention où manger de la pizza... j'y suis allée hier soir, affamée et trainée par un Mec encore plus affamé (et pour cause, ne s'étant nourri, en fervent adepte de l'équilibre alimentaire, que d'un clafoutis dans la journée...)
Cette pizzeria date de 1927 (et parfois, ça se remarque à la déco) et, si j'aime son intérieur intégralement blanc et vert à carreaux, je conçois qu'il ne soit pas du gout de tout le monde...
Mais on ne va pas à la Pizzeria Fiorentina pour la déco... on y va pour l'accueil, rapide, aimable, efficace de la jeune fille brune à l'entrée, on y va pour la pizza, recette toscane, excellente, et surtout on y va pour l'ambiance... hier soir c'était plutot calme, mais sans doute parce que c'était lundi et qu'il était déjà 22h30... mais d'habitude...
Des tablées rugissantes, au coude à coude avec des voisins inconnus qui s'interpellent en dialecte, de la mozzarelle qui file dans tous les sens, des gamins qui renversent les tables en courant après des olives récalcitrantes, les gens au milieu des tables qui attendent qu'une place se libère en humant au dessus des assiettes qui passent, tenues à bout de bras par un serveur encombré de bouteilles de San Pellegrino, de quarts de rouges et de parts de crostata aux fruits, un groupe de napolitains qui s'avance, l'air épouvanté du père de famille de la table en ligne de mire dont quelques places vient de se libérer...
j'y suis passée fin juillet, et pour ceux qui ont vu Roma de Fellini et la mythique scène de la trattoria, on peut dire que c'est un peu ça... on en ressort à peu près sourd, après un café serré dont le brouhaha général a empéché qu'il fusse entendu demandé allongé...
De l'authentique Italie pour dix euros par personne ou guère plus, un panel de dialectes et d'accents divers et variés, et puis la pizza, superbe sur les tables à carreaux, sous les posters d'équipes de foot d'un autre age, les collections d'assiettes et les photos de Florence délavées...
Antica Pizzeria Fiorentina
Viale Bligny, 41
Milano
02/58306292
fermé le mardi
week-end en vrac...
il y a des week-end où l'on se repose... et d'autres où l'on court... au festival du cinéma vendredi soir pour voir Greening the revolution de Katie Curran, jeune réalisatrice qui a parcouru les Etats-Unis et le monde ces cinq dernières années pour réaliser ce documentaire sur le monde agricole. Le constat affligeant de qui meurt de faim pour travailler la terre au profit des multinationales agricoles, de la Banque mondiale et de quelques états... Mais aussi de courageuses initiatives populaires pour un retour à l'agriculture traditionnelle et à la dignité de travailler la terre pour nourrir la communauté... (trailer par ici)
le teatro studio après la projection
samedi en quete du cadeau de naissance idéale pour le fils du ferronier, qui comme prévu s'appelle Massimo (mais sans Decimo Meridio derrière, quand meme...), annoncé par un tonitruant Ave du fier papa... résultat, un micro t-shirt sur lequel on a fait imprimer une image du Colisée tirée d'une carte postale vintage... je sens qu'il va falloir, au fur et à mesure des années, filer la métaphore du gladiateur... casque à 3ans, glaive à 10, et pourquoi pas tatouage SPQR à 15... (amis du bon gout bonjour)...
balcons fleuris, quartier Ventura-Lambrate
un tour aux giardini pubblici, l'automne est là, marrons et feuilles mortes se disputent le gravier, la pluie s'en mèle, s'ensuit une course éperdue pour aller s'abriter au musée d'histoire naturelle, un détour pour enfiler cape et bottes et nous voilà repartis pour le Milano film festival...
et dimanche du boulot, un tour en fin d'aprèm dans le quartier Ventura-Lambrate pour l'ouverture extraordinaire des galeries d'art, un détour par une kermesse locale où quelques papy vendent du raisin et des livres d'un autre age... un panino végétarien à la buvette du parco Sempione plus tard, nous voilà repartis pour la soirée de remise des prix du Milano film festival, à l'immense Teatro dal Verme...
et démontage de la structure extérieure du Milano film Festival...
un homme-canon et une pêche au requin...
ce week-end, pas de baignade au lac finalement, puisque j'ai passé mon temps au Milano Film Festival... événement milanais de la rentrée qui se tient entre les différents théatres de Brera et le parc Sempione, plus important chaque année, avec toujours plus de films en compétition, toujours plus de hamacs dispersés dans le parc, et toujours plus de spritz... cette année, j'ai beau avoir un pass pour entrer partout, ce que je préfère reste la partie extérieure, les projections des courts-métrages et des films d'animation dans le parc, et quelques "surprises" après minuit pour les couches-tard dont je suis, comme cette selection samedi de courts des années passées ayant remporté pas mal de suffrages pour leur poésie loufoque (comme cette histoire d'homme canon mélancolique)...
et puis, coup de coeur de cette année, la retrospective Jim Jarmusch, dont les films parsément le programme de la semaine... hier soir il s'agissait de "Down by law", avec les excellents John Lurie, Tom Waits et Roberto Benigni... campant respectivement deux loosers et un touriste italien, se retrouvant contraints pour d'hasardeuses raisons de partager une même cellule de prison...
et puis surtout, avec John Lurie, mon nouvel idole cinématographique (ça faisait longtemps hein?)... pour ceux qui ignorent tout du personnage, imaginez un peu... une sorte de Paul Newman un peu vérolé, avec quelque chose d'un autoportrait de Schiele et d'un Boris Vian qui aurait joué du sax plutot que de la trompette... (j'suis vachement inspirée niveau comparaison non?) ajoutez à celà un short en gabardine et un chapeau de paille, et vous obtenez "fishing with John" diffusé hier soir à minuit... il s'agit en réalité d'épisodes d'une sorte de docu/série télé réalisée par John lui-meme, où il emmène diverses personnalités dans d'étonnantes parties de pêche, pretexte à des conversations improvisées plutot surréalistes... au programme, Jim Jarmusch à la pêche au requin, Tom Waits en Jamaique en quête de chicken-fish et cheese-fish (lui seul sait de quoi il s'agit)... et si je vous dis qu'en prime, aucun de tous ces joyeux drilles n'a la moindre notion de base en matière de pêche? (jetez un oeil là, là et là!)
prochains épisodes de "fishing with John" prévus jeudi à minuit Piazza Grande! et ce soir, à 20h30 au Teatro Strehler, "Stranger than Paradise" de Jim Jarmusch, avec John Lurie toujours...
scènes milanaises en août...
mais où sont passés les gens... ils ne sont pourtant pas sous l'écrasante chaleur en train d'acheter des
outils sur la place... ni d'observer les pavés
numérotés qui attendent sagement le long des rues un peu
partout en travaux... ni au marché chez la marchande d'olives, ni même aux étals des fruitiers...
à suivre...

























































